On parle beaucoup de charge mentale, de télétravail, de quête de sens. Beaucoup moins d'une réalité pourtant présente dans presque toutes les entreprises : vos équipes passent leurs journées assises. La sédentarité au travail est l'un de ces risques discrets qui ne déclenchent aucune alerte immédiate, mais qui pèsent, lentement, sur la santé, la performance et l'énergie collective.
Le constat des autorités sanitaires est sans appel. Selon un avis de l'ANSES publié en 2022, 95 % de la population adulte française est exposée à un risque de détérioration de sa santé par manque d'activité physique ou par un temps trop long passé assis. Seuls 5 % des adultes bougent assez pour être protégés. Or c'est souvent au bureau que tout se joue, là où la sédentarité au travail s'installe, heure après heure, sans qu'on y prête attention.
Rester assis n'a rien d'anormal. Ce qui l'est devenu, c'est la durée. D'après l'Observatoire national de l'activité physique et de la sédentarité (ONAPS), un adulte actif passe en moyenne près de 12 heures assis les jours travaillés, en cumulant le poste de travail, les trajets et les écrans. L'ANSES, elle, fixe le seuil d'alerte à 8 heures de position assise par jour. Autant dire que le monde du travail tertiaire a largement franchi la ligne, et l'essor du télétravail, en supprimant jusqu'aux quelques pas du trajet ou de la pause café, n'a rien arrangé.
Les conséquences ne sont pas anecdotiques. La position assise prolongée est un facteur reconnu de troubles musculo-squelettiques, à commencer par les fameuses douleurs lombaires. Au-delà du dos, l'immobilité durable augmente le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de surpoids. L'ANSES rappelle d'ailleurs que plus d'un tiers des adultes cumulent une sédentarité élevée et une activité physique insuffisante, ce qui majore d'autant les risques. Voilà le vrai visage de la sédentarité au travail : un risque de masse, mais silencieux.
Réduire la sédentarité au travail à un simple enjeu de santé, c'est passer à côté de l'essentiel. Rester scotché à sa chaise huit heures par jour, seul face à son écran, ce n'est pas seulement mauvais pour le corps. C'est aussi une forme d'isolement. Les journées s'enchaînent, les interactions se raréfient, l'énergie s'éteint. Et un salarié qui ne bouge plus est souvent un salarié qui, peu à peu, décroche.
C'est là que la sédentarité rejoint la question de l'engagement. On ne se sent pas membre d'un collectif quand on passe ses journées immobile et sans contact. La vitalité d'une équipe se lit aussi dans son mouvement : des gens qui se lèvent, se croisent, se parlent, bougent ensemble. À l'inverse, l'immobilité généralisée installe une ambiance atone, où chacun reste dans sa bulle. Ce n'est pas un hasard si l'ANSES insiste sur la nécessité d'agir par des actions collectives, et pas seulement par des initiatives individuelles.
Face au constat, la réaction classique consiste à responsabiliser chacun : affiches "prenez l'escalier", rappels sur les 150 minutes d'activité hebdomadaire recommandées par l'OMS, applications de suivi personnel. Utile, mais insuffisant. La preuve : malgré des années de campagnes, seuls 5 % des adultes atteignent le niveau d'activité protecteur.
Bouger, ça ne se décrète pas non plus
Le problème des approches purement individuelles, c'est qu'elles font peser tout l'effort sur le salarié, souvent déjà fatigué et pressé. "Bougez plus" est un conseil, pas un déclic. Ce qui met vraiment les gens en mouvement, ce n'est pas l'injonction, c'est l'entraînement du groupe. On enfile ses baskets parce qu'un collègue nous a lancé un défi, parce que l'équipe compte ses pas ensemble, parce qu'il y a une dynamique commune à ne pas lâcher. Le moteur n'est pas la culpabilité, c'est le collectif.
C'est tout l'intérêt de penser la lutte contre la sédentarité au travail comme un projet d'équipe plutôt que comme une consigne santé. Et les bénéfices sont documentés. L'étude conduite par Goodwill-management pour le MEDEF et le CNOSF montre qu'un salarié sédentaire qui adopte une activité physique régulière gagne de 6 à 9 % de productivité, et que la rentabilité de l'entreprise peut progresser jusqu'à 14 %. Surtout, la même étude souligne que l'activité physique partagée renforce les relations entre collègues, l'entraide et la cohésion d'équipe.
Chez SquadEasy, c'est exactement ce que nous observons. Quand une entreprise lance un challenge collectif accessible à tous les niveaux, du siège à l'atelier, ce ne sont pas seulement des pas qui s'accumulent : ce sont des équipes qui se remettent en mouvement, ensemble. Et parce qu'il touche aussi bien les cadres que les équipes terrain, ce type de démarche réconcilie avec l'activité des salariés qui ne mettraient jamais les pieds dans une salle de sport. Nos challenges affichent 80 % de taux d'engagement, le plus élevé du marché, et 85 % des salariés sont encore actifs un mois plus tard. Chez Société Générale, 25 000 salariés se sont mobilisés en 24 heures. Le sport n'est pas ici un objectif de performance, c'est un formidable prétexte pour recréer du lien.
Le cercle devient vertueux. Des équipes qui bougent ensemble sont plus soudées, et des équipes plus soudées s'absentent moins et portent plus fièrement leur entreprise. La lutte contre la sédentarité cesse alors d'être une contrainte de plus, pour devenir un moteur d'énergie collective.
Récapitulons. La sédentarité au travail est un risque de masse, largement sous-estimé, qui pèse sur la santé mais aussi sur l'engagement et l'énergie des équipes. Les injonctions individuelles, à elles seules, ne suffisent pas : seuls 5 % des adultes bougent assez. Ce qui remet durablement les gens en mouvement, c'est le collectif, cette dynamique de groupe où l'on s'entraîne les uns les autres.
La vraie question n'est donc pas "comment faire bouger nos salariés ?", mais "comment leur donner envie de bouger ensemble ?". Et si la meilleure façon de lutter contre la sédentarité au travail n'était pas une consigne de plus, mais une aventure collective ?
ANSES, avis "Manque d'activité physique et excès de sédentarité : une priorité de santé publique" (2022) ; ONAPS (Observatoire national de l'activité physique et de la sédentarité), chiffres clés ; Goodwill-management pour le MEDEF et le CNOSF (étude 2015, actualisée en 2023)
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